Le storytelling en formation : révélez l’histoire de l’apprenant

2 Commentaires Lire On The road, Tools, Workshops

Aujourd’hui, j’ai eu l’immense plaisir, pour la deuxième année consécutive, d’animer à l’occasion de LearnInnov un atelier autour du storytelling en formation.

Attention, il n’a pas été question de formation au storytelling ! La formation storytelling est en soi un sujet passionnant à développer, j’en anime presque chaque semaine pour des entreprises ou des collectivités territoriales, mais ce n’était pas l’objet de mon atelier.

Nous allons réfléchir à la structure même de toute formation et nous poser la question suivante : de quelle manière une structure narrative permet-elle de potentialiser un contenu de formation en le mettant en perspective de l’histoire de l’apprenant ?

J’ai donc eu envie de partager avec vous mes réflexions sur ce sujet et sur la pratique de formation en général : qu’est-ce qui doit être primordial pour le formateur ? L’apport de connaissances où la prise en compte de l’évolution de l’apprenant, de l’aventure qu’il vit avec vous, tout au long de la session de formation ?

La formation professionnelle se résume-t-elle à un apport de compétences ?

Lorsqu’on consulte les programmes de formation de la plupart des organismes, force est de constater que la priorité est donnée à l’apport de compétences, indépendamment de l’apprenant.

On détaille les connaissances qui vont être apportées, la méthode pédagogique, l’originalité de l’organisme de formation ou le profil du formateur, et bien d’autres choses encore. Dans ce discours centré sur l’organisme lui-même, l’apprenant n’est plus qu’un épiphénomène, une entité interchangeable à loisir, qui à aucun moment n’est en capacité de remettre en question le déroulé du dit programme, même si ce programme ne lui est pas adapté.

Parce que l’apprenant est ici appréhendé uniquement d’un point de vue cognitif, et non dans sa globalité, dans son histoire d’apprenant.

Mais, me direz-vous, c’est tout à fait normal ! Nous ne pouvons personnaliser à ce point la formation ! Nous devons pouvoir produire des programmes qui répondent aux besoins du plus grand nombre, indépendamment des spécificités individuelles, au risque de sombrer dans le coaching !

N’est-ce pas, dès lors, une des causes de l’échec de la plupart des formations ? Sans prise en compte de l’histoire de l’apprenant, sans conception du programme de formation comme un adjuvant permettant à l’apprenant d’atteindre ses objectifs individuels, la formation reste une anecdote dans la vie, personnelle ou professionnelle, de l’apprenant, et non une opportunité de réellement se réaliser.

Le storytelling nous condamne-t-il à produire des formations sur-mesure, voire même individualisées ?

Non, simplement parce que le storytelling, même s’il pose l’apprenant au centre et comme héros de son histoire, va nous permettre d’isoler des archétypes, ce qu’on appelle conventionnellement des personas.

Ces personas vont ainsi être des figures signifiantes qui vont nous permettre, en rassemblant des caractéristiques individuelles, comme dans un personnage de roman ou de film, de personnaliser notre contenu de formation.

Pour l’atelier de LearnInnov, j’ai proposé aux participants de travailler sur un programme de formation au tri sélectif. Nous n’avons pas parlé de format de support, car notre objectif est de STRUCTURER un contenu, avant de penser à la forme du livrable.

J’ai créé au préalable deux personas grâce à la technique de la carte empathique (technique que je vous expliquerai dans un prochain article) :

 

Persona n°1 : Marie, 74 ans, vit en zone rurale, dans un petit village de 3000 habitants. Elle a travaillé à Lyon pour un laboratoire pharmaceutique.

Elle pense qu’elle adore la nature et qu’il est important de la préserver, mais que tout ce qu’on raconte à la télé sur le réchauffement climatique, ce n’est pas son affaire, mais celle se ses petits-enfants.

Elle voit que la nature qui était si belle autrefois est souillée par les autres et qu’elle trouve beaucoup de déchets lors de ses promenades.

Elle dit qu’elle a toujours fait attention et que ce n’est pas à son âge qu’elle va changer. Elle ne fait rien.

Elle entend à la télévision que des pays sont devenus des poubelles pour nos déchets et elle trouve ça triste, même si elle fait comme si cela n’existait pas.

 

Persona n°2 : Franck, 22 ans, vit à Paris dans le 13ème arrondissement, il est étudiant.

Il pense que la vie est difficile et sa priorité en tant qu’étudiant, c’est réussir à terminer ses études, payer son loyer et se nourrir. Il pense aussi beaucoup à sa copine Jeanne qu’il a rencontré il y a trois mois.

Il voit des campagnes de sensibilisation pour le tri sélectif, mais comment avoir plusieurs poubelles dans un studio de 20 m2 ?

Il dit que c’est la faute des générations précédentes si le monde va mal et qu’il subit les erreurs et la vie facile de ses ainés. Il sort beaucoup avec ses amis.

Il entend qu’une catastrophe écologique est imminente, que l’homme est en train de s’auto-détruire, mais il entend aussi que la consommation est un symbole de réussite.

 

Une fois ces deux personas créées, je pense que nous serons tous d’accord pour convenir qu’un contenu de formation générique ne produira aucun effet sur ces deux archétypes, ces deux personas, sauf à vouloir faire rentrer à tout prix un carré dans un rond.

Tout l’objectif, donc, a été durant cet atelier de créer un programme de formation structuré autour des problématiques que chaque persona a à surmonter pour atteindre notre objectif : l’excellence comportementale dans le tri sélectif des déchets.

L’excellence comportementale : un chemin semé d’embûches !

L’aventure que doivent donc vivre l’un et l’autre a donc un objectif commun, que nous pouvons nommer l’excellence comportementale, c’est à dire le comportement idéal de tri sélectif.

Sauf que pour parvenir à cet objectif, nos deux personas vont devoir surmonter des embûches, des épreuves, et que ces épreuves seront propres à chacun : ce qui posera problème à Marie, par exemple, ne posera aucun problème à Franck et inversement, et que l’appréhension même du tri sélectif sera nécessairement différente.

Par exemple, pour Franck, la gestion de l’espace pour le tri sélectif va être un élément essentiel. Ou encore, parvenir à trouver un équilibre entre responsabilité et injonction à la consommation.

Pour Jeanne, ce sera, par exemple, la prise de conscience que le tri sélectif la concerne, ainsi que la remise en cause de ses pratiques actuelles.

Bref, en fonction de nos deux cibles, mais il pourrait y en avoir d’autres, si la pratique même du tri sélectif reste le socle commun, l’acquisition de la compétence va prendre des formes fondamentalement différentes. C’est la prise en compte de ces différences qui va réellement nous permettre de mettre en œuvre le storytelling dans notre structure de formation.

Vers de nouveaux formats de formation professionnelle

Ainsi donc, le storytelling nous permet d’envisager la formation sous un jour complètement différent, parce qu’il nous oblige à nous décentrer : là où l’apport de compétences était le centre d’attention, c’est désormais l’apprenant qui se place au centre, en fonction d’archétypes, de personas.

Et c’est à nous, formateurs, d’adapter notre contenu de formation aux profils des apprenants, pour que ce contenu puisse être réellement efficace, c’est à dire que ce contenu soit non seulement opérationnel, mais qu’il puisse s’inscrire de manière pérenne dans l’histoire de notre apprenant.

Notre rôle en tant que formateur : être l’adjuvant qui permettra à l’apprenant de se révéler au travers de l’apport de compétence.

N’est-ce pas le plus beau des rôles possibles pour un formateur ?

2 Commentaires Le storytelling en formation : révélez l’histoire de l’apprenant

  1. Blog Guillaume Servos 9 décembre 2017 à 22 h 19 min

    Merci pour ce très bon article. Hâte d’en apprendre plus sur la carte empathique.

  2. Pereira 10 décembre 2017 à 9 h 36 min

    Bonjour,

    Très intéressant cette approche et de plus, génératrice d’intérêt pour les apprenants qui peuvent s’identifier à ces personnas. Il est vrai que dans nos formations, ces approches sont peu utilisées, faute de temps ? Faute de connaissances ? Je partagerai volontiers ces informations avec mes pairs. Si vous désirez vous même partager ces connaissances, j’ai réalisé récemment un forum d’échange dédié à la formation. Celui-ci ne comporte pas de rubrique sur le storytelling mais que je suis prêt à mettre une en place si vous désirez vous y exprimer.

    Eric

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